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LE COLLIER DE SOIE

XIII. LA NUIT DES PLAISIRS PARTAGéS

         La confidence d’Alice sur leur baiser passé flottait encore dans l’air, lourde de sous-entendus, lorsque Marie, un sourire timide aux lèvres, murmura : « J’y ai repensé aussi, tu sais. Plus souvent que je ne veux l’admettre. » Un éclat de rires complice passa entre elles, et Alice, sans se départir de son assurance, claqua des doigts. « Nicolas, le dessert, » ordonna-t-elle. Il se leva de sa position à quatre pattes, apportant la tarte aux poires qu’il avait préparée, tranchée avec soin, et la déposa sur la table avant de reprendre sa place au sol, tête baissée. Les deux femmes mangèrent en échangeant des regards, leurs rires ponctuant chaque bouchée, jusqu’à ce que les assiettes soient vides. « Va chercher le paquet, » lança Alice, son ton désinvolte masquant une intention qu’il ne pouvait deviner. « Celui que j’ai laissé hier sur l’étagère du dressing. »

 

         Nicolas obéit, traversant l’appartement jusqu’au dressing, son esprit tournant à plein régime. Il avait remarqué ce paquet la veille – une boîte rectangulaire. Un cadeau pour elle-même ? Une surprise cruelle pour lui ? Depuis des mois, chaque objet qu’elle introduisait semblait conçu pour resserrer son emprise, et cette inconnue le rongeait. Il le ramena, le déposant près du canapé, et reprit sa position à quatre pattes, invisible aux yeux des deux femmes qui s’installaient déjà dans le salon, une bouteille de vin ouverte entre elles.

 

         Leurs verres se remplirent à nouveau, et l’alcool délia leurs langues autant que leurs inhibitions. Assises côte à côte sur le canapé, elles riaient trop fort, leurs gestes devenant plus lents, plus audacieux. « Tu te rends compte qu’on aurait pu faire ça avant, » plaisanta Marie, effleurant la main d’Alice. « Peut-être, » répondit-elle, un sourire carnassier aux lèvres, « mais maintenant, c’est mieux – regarde ce qu’on a sous la main. » Leurs confidences glissèrent vers une attirance mutuelle assumée, et bientôt, leurs lèvres se trouvèrent. Un baiser d’abord hésitant, puis profond, accompagné d’une petite musique jazzy qui jouait en fond, emplissant la pièce d’une chaleur moite.

 

         Nicolas, à quatre pattes près de la table basse, luttait pour garder les yeux rivés au sol. Leurs vêtements tombèrent un à un – la robe d’Alice glissa sur le tapis, le chemisier de Marie s’ouvrit, révélant sa poitrine qu’Alice embrassa avec une avidité possessive. Des gémissements doux s’élevèrent, et il sentit son cœur s’accélérer, son corps trahissant une excitation qu’il ne pouvait nier. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas entendu Alice gémir, ces sons qui autrefois lui appartenaient dans une autre vie, quand elle était encore sa petite amie et non sa maîtresse. Maintenant, ils étaient pour Marie, et il n’était qu’un spectateur muet, condamné à écouter.

 

         La tension monta encore. Alice glissa un doigt entre les cuisses de Marie, qui gémit plus fort, ses hanches ondulant sous les caresses expertes. « Oui, là… » souffla-t-elle, et Nicolas, malgré lui, sentit la cage devenir insupportable, une prison trop étroite pour contenir ce qu’il ressentait – un mélange de désir, de honte et de douleur. Le moment s’étira, une éternité pour lui, chaque râle de Marie creusant un peu plus le fossé entre ce qu’il avait été et ce qu’il était devenu. Puis Alice, sans cesser ses mouvements, attrapa le collier de chien de Nicolas d’une main ferme et saisit le paquet de l’autre. « Viens là, » ordonna-t-elle, le tirant vers le canapé. « Assieds-toi, dos contre le coussin, tête en arrière. »

 

         Il obéit, s’installant au sol, la nuque posée sur le bord du canapé, les yeux écarquillés de confusion. Alice ouvrit le paquet, révélant un bâillon-gode – un objet massif, en silicone noir, avec une sangle en cuir. Nicolas n’en avait jamais vu, mais il comprit vite, son souffle se bloquant dans sa gorge. « Ouvre la bouche, » dit-elle, et avant qu’il ne puisse réfléchir, elle enfonça le bâillon dans sa bouche, le fixant avec la sangle derrière sa tête. La taille était imposante, étirant sa mâchoire, et il sentit une panique sourde monter – qu’allait-elle faire ? La réponse vint quand elle s’assit sur lui, s’empalant sur le gode avec un soupir de satisfaction, ses va-et-vient rythmés par ses propres hanches.

 

         Marie, les yeux brillants, s’approcha, suçotant les tétons d’Alice avec une ferveur qui la fit gémir. L’orgasme d’Alice ne tarda pas, un râle puissant qui résonna dans la pièce, et Nicolas, immobile, sentit sa nuque protester sous le poids d’Alice, une douleur sourde s’ajoutant à son calvaire. Puis ce fut au tour de Marie de grimper sur le gode, encore humide d’Alice, pendant qu’Alice, reprenant son souffle, caressait son amie avec une tendresse possessive. Marie jouit encore, plusieurs fois, ses cris de plaisir emplissant l’espace, chaque spasme amplifiant l’inconfort de Nicolas, dont la cage semblait rétrécir à chaque seconde. Il ne savait plus où il était – un rêve ? un cauchemar ? – seulement qu’il souffrait en silence, spectateur impuissant d’une symbiose dont il était exclu.

 

         Enfin, après un dernier orgasme qui laissa Marie tremblante, les deux femmes s’effondrèrent sur le canapé, leurs lèvres se retrouvant dans un baiser langoureux. D’un coup de pied négligent, Alice repoussa Nicolas, qui bascula sur le côté, le bâillon toujours en bouche, la tête bourdonnante. « Reste dormir, » murmura-t-elle à Marie, essoufflée. « Il est tard, ce n’est pas prudent de rentrer. On partagera le lit. » Marie, épuisée mais comblée, hocha la tête avec un sourire. « D’accord. » Alice se tourna vers Nicolas, toujours à terre, et claqua des doigts. « Range le salon et la table. La vaisselle attendra demain – on a besoin de toi dans la chambre. »

 

         Elles se levèrent, nues et radieuses, s’éloignant vers la chambre en riant doucement, laissant Nicolas seul avec les reliefs de leur soirée – verres renversés, vêtements épars, et ce bâillon qui pendait encore à son cou. Il se redressa péniblement, ramassant les assiettes, le cœur lourd mais le corps encore vibrant d’une excitation qu’il ne pouvait nier, prêt à suivre leurs ordres jusqu’au bout de la nuit.