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LE COLLIER DE SOIE

XV. L'AUBE DES SERVITUDES

         La chambre s’était figée dans un calme trompeur, le souffle régulier d’Alice et Marie emplissant l’espace comme une mélodie douce-amère. Elles dormaient, enlacées sous les draps, leurs corps encore chauds de leurs ébats, tandis que Nicolas, recroquevillé sur le tapis au pied du lit, fixait l’obscurité. La laisse, toujours attachée à son collier, pendait mollement, un lien tangible à sa soumission. Son esprit tournait en boucle – le goût de leurs plaisirs sur sa langue, la douleur sourde dans sa nuque, la cage qui emprisonnait son désir. Il aurait dû être épuisé, mais le sommeil le fuyait. Chaque gémissement de Marie, chaque soupir d’Alice résonnait encore en lui, un rappel cruel de ce qu’il avait perdu et de ce qu’il était devenu. Pourtant, au fond de lui, une part infime s’accrochait à cette servitude, à l’idée qu’il était indispensable à leur bonheur, même ainsi.

 

         Vers 3h du matin, un léger mouvement brisa le silence. Alice remua sous les draps, ses yeux s’ouvrant dans la pénombre. Elle se redressa doucement, jetant un regard à Marie, qui dormait profondément, puis baissa les yeux vers Nicolas. Un sourire discret naquit sur ses lèvres – elle avait une envie pressante, et la flemme de traverser l’appartement jusqu’aux toilettes. C’était une habitude bien rodée avec lui, un rituel qu’elle exécutait sans y penser. Elle glissa hors du lit, nue, ses pas légers sur le parquet, et s’approcha de lui. « Réveille-toi, » murmura-t-elle, tapotant son épaule du bout du pied.

 

         Nicolas ouvrit les yeux, instantanément alerte malgré sa fatigue, et la fixa, attendant. Alice, souveraine dans son assurance, s’accroupit légèrement au-dessus de lui. « Ouvre la bouche, » dit-elle, sa voix basse mais ferme. Il obéit, habitué à ce rôle, et ajusta sa respiration, prêt à tout avaler. Elle se soulagea alors, un jet chaud et régulier coulant directement dans sa gorge. Nicolas, expert après des mois de pratique, ne laissa pas une goutte s’échapper, déglutissant avec une précision mécanique tandis qu’elle le regardait avec une indifférence lasse. Le bruit discret du liquide et ses soupirs étouffés réveillèrent Marie, qui ouvrit un œil, intriguée. Elle murmura, ensommeillée : « Tu fais vraiment ça ? » Alice, sans se retourner, répondit : « Toujours. Il est parfait pour ça. » Marie, encore trop novice pour essayer elle-même, se contenta d’écouter, fascinée, avant de se rendormir, convaincue par la parole d’Alice.

 

         L’aube arriva lentement, une lumière grise filtrant à travers les rideaux. Alice s’éveilla la première, étirant ses bras avec une grâce féline avant de tapoter Marie pour la tirer de son sommeil. « Bien dormi ? » demanda-t-elle, un sourire complice illuminant son visage. Marie hocha la tête, encore groggy mais radieuse. « Mieux que jamais, » répondit-elle, jetant un coup d’œil vers Nicolas, toujours au sol. Alice suivit son regard et claqua des doigts. « Debout, » ordonna-t-elle. Il se redressa à quatre pattes, la laisse traînant derrière lui, et elle désigna la cuisine. « Café. Deux tasses. Et fais vite. »

 

         Il s’exécuta, préparant un espresso serré pour Alice et un café au lait pour Marie, qu’il servit sur un plateau avec une précision tremblante. Les deux femmes, encore nues sous les draps, s’assirent côte à côte dans le lit, sirotant leurs boissons en échangeant des murmures amusés. « Il est tellement docile, » commenta Marie, observant Nicolas qui attendait à leurs pieds. « Tu as de la chance. » Alice haussa les épaules, un sourire narquois aux lèvres. « De la chance ? Non, c’est du travail. Mais il sait où est sa place. » Elle posa sa tasse et tendit un pied hors du lit. « Viens masser, » dit-elle, et il s’agenouilla, ses mains s’affairant sur ses voûtes plantaires avec une dévotion muette.

 

         Marie, intriguée, tendit ses propres pieds. « Moi aussi, » lança-t-elle, presque comme un défi. Nicolas passa d’une paire à l’autre, ses doigts pétrissant leurs talons fatigués, leurs gémissements de satisfaction ponctuant l’air. « Tu vois, » murmura Alice à Marie, « il sert à tout. » Elles rirent doucement, leurs regards se croisant dans une complicité renforcée par la nuit. Après un moment, Alice repoussa ses pieds et se leva, attrapant une robe de chambre légère. « Il faut que je me prépare, j’ai un rendez-vous à 10h. Mais reste un peu, si tu veux. »

 

         Marie hésita, puis hocha la tête. « Juste le temps de me réveiller. » Alice acquiesça et claqua des doigts une dernière fois. « Nettoie la chambre pendant qu’on se douche, » ordonna-t-elle à Nicolas, avant de guider Marie vers la salle de bain, leurs rires s’évanouissant derrière la porte. Nicolas, seul, ramassa les draps froissés, le bâillon-gode abandonné sur la table de chevet, et les verres vides du salon qu’il avait oubliés la veille. La cage pesait toujours sur lui, un rappel constant de son rôle, et pourtant, il s’affaira sans un mot, son univers réduit à ces tâches et à l’écho de leurs voix.

 

         Quand elles revinrent, fraîches et habillées, Marie attrapa son manteau dans l’entrée. « Merci pour tout, » dit-elle à Alice, un sourire espiègle aux lèvres. « On remet ça bientôt ? » Alice acquiesça, souveraine. « Quand tu veux. » Marie jeta un dernier regard à Nicolas, occupé à plier une couverture, et lança : « À bientôt, petit chien. » La porte se referma derrière elle, laissant Alice seule avec son soumis. Elle s’approcha de lui, effleurant son collier du bout des doigts. « Bonne journée, » murmura-t-elle, ironique, avant de partir pour son rendez-vous, le laissant à ses corvées, esclave d’un règne qui ne connaissait pas de pause.