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LE COLLIER DE SOIE

XVII. UN SAMEDI SOUS LE SOLEIL

         Le samedi après-midi s’étirait sous un ciel d’un bleu éclatant, une chaleur douce enveloppant Paris comme une caresse inattendue pour la saison. Sur le balcon de l’appartement, Alice avait installé sa chaise longue ergonomique – un modèle design en teck et tissu beige, relevé au niveau des genoux pour un confort absolu. Elle y trônait, lunettes de soleil perchées sur son nez, un livre ouvert sur les cuisses – un roman de Marguerite Duras. Sa tenue, légère et sexy sans effort, soulignait sa silhouette avec une simplicité étudiée : un haut de bikini noir à fines bretelles, noué dans le dos, et un paréo blanc translucide qui dévoilait ses jambes bronzées. Une brise tiède jouait avec ses cheveux, qu’elle avait laissés lâches, et elle savourait cette pause, le soleil réchauffant sa peau comme une récompense méritée.

         À ses pieds, Nicolas était agenouillé sur un coussin usé qu’elle lui avait jeté par terre pour éviter qu’il ne se plaigne du béton. Il s’affairait à une pédicure complète, une tâche qu’elle lui imposait régulièrement avec une exigence maniaque. Une bassine d’eau tiède savonneuse trempait à côté, où il avait déjà nettoyé ses pieds, frottant chaque recoin avec une pierre ponce pour faire tomber les peaux mortes. Ces petits fragments grisâtres s’accumulaient sur le coussin, et Alice, d’un ton sec, avait ordonné : « Tu les lècheras après. » Il savait que c’était coming – elle adorait ce rituel, le voir ramasser avec sa langue les restes de sa peau comme un chien affamé. Pour l’instant, il passait une lime douce sur ses talons, concentré, ses gestes précis trahissant des mois d’entraînement sous son regard impitoyable.

         Elle tourna une page de son livre, indifférente à son labeur, puis attrapa une petite bouteille de vernis posée sur la table d’appoint – un rouge profond, presque sanglant, qu’elle tendit à Nicolas sans un mot. Il prit le flacon, dévissa le bouchon, et commença à appliquer la couleur sur ses ongles, un pinceau à la main, le front plissé par la concentration. Un faux pas – une goutte qui dépasserait sur la peau de ses orteils – et il savait ce qui l’attendait : une gifle, peut-être, ou une nuit dans la cave avec ses chaussures sales comme seule compagnie. Alice, elle, replongea dans son roman, ses lunettes glissant légèrement sur son nez, jusqu’à ce qu’une idée lui traverse l’esprit. Elle posa le livre et attrapa son téléphone, composant le numéro de Marie avec un sourire anticipé.

         « Marie, c’est moi, » lança-t-elle quand son amie décrocha, sa voix chaude et teintée d’excitation. « J’ai une bonne nouvelle. » Nicolas, toujours penché sur ses pieds, tendit l’oreille, apprenant en même temps qu’elle ce qu’il ignorait jusque-là. « J’ai pris des billets de train pour le sud de la France, » continua Alice. « Un petit village dans l’arrière-pays, près de Nice. Une villa avec piscine, quatre jours la semaine prochaine – un long week-end parfait. » Marie poussa un petit cri ravi à l’autre bout du fil, et les deux femmes se lancèrent dans une conversation animée, leurs voix mêlées de rires et de projets. « Il faut que tu prennes ton maillot noir, celui avec les découpes, » dit Alice. « Et moi, je sors ma robe jaune, celle qui tombe sur les épaules – tu sais, pour les soirées. »

         Nicolas appliquait le vernis, son pinceau tremblant légèrement sous la pression de leur enthousiasme. Il imaginait déjà ce qui l’attendait : servir, obéir, pendant qu’elles vivraient leur idylle. « La piscine est entourée d’oliviers, » poursuivit Alice, « et il y a une terrasse avec une vue sur les collines. On ira au marché du village, on achètera du fromage de chèvre et du vin local. Et les soirées… oh, Marie, il y a un bar en plein air pas loin, avec des musiciens – on dansera jusqu’à minuit, et après, on rentrera se baigner nues sous les étoiles. » Marie gloussa, ajoutant : « Et des cocktails, hein ? On mérite ça. » Alice acquiesça, un rire perlant dans sa gorge. « Évidemment. On laissera le chien s’occuper du reste – cuisine, ménage, tout ça. Il sera parfait pour nous laisser profiter. »

         Le « chien » – lui – sentit son cœur se serrer, mais il continua, appliquant une deuxième couche de vernis avec une précision presque maladive. Alice ne lui avait rien dit de ce voyage, et pourtant, elle parlait déjà de lui comme d’un accessoire, un bagage utile qu’on trimballe sans y penser. Les deux amantes échangèrent encore des détails – une randonnée dans les collines, un dîner dans un restaurant étoilé qu’Alice avait repéré, une journée à flâner dans les ruelles pavées du village – avant de se donner rendez-vous. « Gare de Lyon, jeudi, 9h, » conclut Alice. « Ne sois pas en retard, je veux qu’on ait le temps de s’installer. » Marie promit, et elles raccrochèrent dans un éclat de rire complice, leurs « à bientôt » résonnant comme une promesse d’évasion.

         Alice reposa le téléphone sur la table et baissa les yeux vers Nicolas, qui finissait le dernier orteil avec une application presque artistique. Elle ajusta ses lunettes, un regard dédaigneux glissant sur lui comme s’il n’était qu’un insecte affairé à ses pieds. Il avait bien travaillé – pas une trace de vernis sur sa peau, chaque ongle luisant d’un rouge parfait – et pourtant, elle se pencha en avant, sa main s’abattant sur sa joue dans une gifle gratuite, sèche, sans un mot. Le claquement résonna sur le balcon, et Nicolas tressaillit, sa tête s’inclinant sous le choc. Elle n’expliqua rien – elle n’avait pas à le faire. Il se redressa, reprenant la lime pour polir un détail imaginaire, son visage brûlant mais ses gestes inchangés.

         « Lèche, maintenant, » ordonna-t-elle enfin, reposant ses lunettes sur son nez et attrapant son livre. Elle tendit ses pieds, et il approcha sa langue, ramassant les peaux mortes éparpillées sur le coussin avec une obéissance muette. Le goût âcre et salé envahit sa bouche, mais il s’appliqua, sachant qu’elle guettait le moindre signe de dégoût pour le punir davantage. Alice tourna une page, indifférente, le soleil caressant sa peau tandis qu’elle rêvait déjà au sud de la France, à Marie, à ces jours où elle vivrait pleinement, libre, avec une amante à ses côtés et un esclave à ses pieds.