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LE COLLIER DE SOIE

XX. UN WEEK-END SOUS LE SOLEIL CRUEL

         Le soleil s’était levé sur la villa, ses rayons dorés filtrant à travers les oliviers pour caresser la pierre chaude. Alice ouvrit les yeux à 9h, surprise par l’heure tardive – elle et Marie avaient dormi profondément, bercées par le vin et leurs ébats de la veille. Elle se redressa dans le lit, nue sous un drap léger, et tapota l’épaule de Marie, qui grogna avant de sourire, encore ensommeillée. « On a abusé, » murmura Alice, un rire dans la voix. « Mais quel pied. » Marie s’étira, ses cheveux en bataille encadrant son visage. « La meilleure nuit depuis longtemps, » répondit-elle, un éclat complice dans les yeux.

         Le premier réflexe d’Alice fut de penser à Nicolas. « Faut aller détacher le chien, » dit-elle, enfilant une robe de chambre en soie blanche. Elle traversa la villa pieds nus, sortant dans le jardin où la niche en pierre se dressait au fond, à l’ombre d’un citronnier. Nicolas était là, attaché au crochet, nu sur un vieux tapis de chien, le bâillon-gode encore sanglé à son visage, la culotte sale d’Alice toujours dans sa bouche. Il avait attendu toute la nuit, immobile, les yeux rougis par le manque de sommeil et la douleur. Elle s’approcha, tirant sur la laisse pour le libérer, mais recula d’un pas, une grimace de dégoût sur le visage. « Tu pues, » lâcha-t-elle, cinglante. L’odeur était âcre – sueur, semence séchée, sécrétions mêlées au tissu souillé – un mélange nauséabond qui la fit froncer le nez.

         Marie les rejoignit, un café à la main, et éclata de rire en voyant la scène. « On dirait un animal perdu, » plaisanta-t-elle, tandis qu’Alice attrapait le tuyau d’arrosage pendu au mur. « On va arranger ça, » répondit-elle, ouvrant le robinet. Un jet d’eau froide jaillit, frappant Nicolas en pleine poitrine. Il tressaillit, mais ne bougea pas, habitué à obéir même sous l’assaut. « Lève-toi, » aboya Alice, et il se redressa, frissonnant. Elle lui lança un savon par terre – un bloc brut au citron – et ordonna : « Lave-toi, vite et bien. » Il frotta son corps avec des gestes rapides, l’eau glacée ruisselant sur sa peau, puis elle rouvrit le jet pour le rincer, le savon mousseux coulant dans l’herbe. « Pas le temps de te sécher, » trancha-t-elle. « Sors-toi de là et reprends ton service. »

         Marie sirota son café, amusée. « Tu es dure, » dit-elle, un sourire en coin. « Il le mérite, » rétorqua Alice, sèche. Trempé et grelottant, Nicolas reçut ses ordres : « On va pique-niquer à la rivière pas loin. Va au marché, fais les courses, prépare tout. On part à midi. » Il hocha la tête, dégoulinant, et fila à l’intérieur enfiler un short et une chemise usée – son uniforme de servitude – pendant qu’Alice et Marie retournaient à la piscine. Elles plongèrent dans l’eau fraîche, riant et s’éclaboussant, leurs maillots moulant leurs corps sous le soleil éclatant, tandis qu’il traversait le village à pied, un panier sous le bras.

         Au marché, Nicolas slaloma entre les étals colorés – tomates gorgées de soleil, fromages de chèvre odorants, olives marinées, une baguette croustillante, une bouteille de rosé. Il choisit chaque article avec soin, sachant qu’il n’en goûterait rien, mais que la moindre faute lui vaudrait une punition. De retour à la villa, il prépara le pique-nique : des sandwichs au jambon cru et à la mozzarella, une salade de figues et de roquette, des fruits frais pour le dessert. Alice et Marie, bronzées et détendues, émergèrent de la piscine vers 11h30, enfilant des robes légères – Alice en lin blanc, Marie en coton bleu ciel – et des sandales plates. « On y va, » annonça Alice, jetant un sac à Nicolas. « Porte ça, et marche dix pas derrière. Rappelle-toi ta place. »

         La balade jusqu’à la rivière fut paisible, le village s’éveillant doucement sous la chaleur. Les deux amantes avançaient côte à côte, leurs doigts s’effleurant parfois, tandis que Nicolas suivait à distance, le sac pesant sur son épaule. La rivière serpentait entre des rochers moussus, son eau claire scintillant sous les arbres. Elles trouvèrent un coin isolé, caché par des buissons, parfait pour leur intimité. Nicolas déplia une nappe à carreaux sur l’herbe, disposa le repas avec précision – assiettes, verres, serviettes – puis se retira à l’écart, à quatre pattes sous un chêne, tête baissée.

         Elles mangèrent lentement, savourant chaque bouchée. « Ce fromage est divin, » soupira Marie, trempant un morceau de pain dans l’huile d’olive. « Et ce rosé, » ajouta Alice, levant son verre. « On devrait venir ici tous les étés. » Leur conversation s’étira, légère – des projets de voyage, des souvenirs de la veille – jusqu’à ce que Marie fronce les sourcils, mal à l’aise. Elle gigota sur la nappe, hésitante, puis murmura : « Alice, j’ai une envie pressante. » Alice la fixa, intriguée. « Et alors ? » Marie rougit. « Je… je n’ai pas de papier, et ça me gêne d’aller dans la nature. » Un éclat de rire jaillit d’Alice, sonore et moqueur. « C’est ça qui te tracasse ? » Elle claqua des doigts vers Nicolas. « Viens ici. »

         Marie écarquilla les yeux. « Tu es sérieuse ? » demanda-t-elle, hésitante. « Évidemment, » répondit Alice, ravie. « Utilise-le. C’est son rôle. Prends tes aises avec lui – je veux que tu le fasses. » Marie se leva, un sourire gêné aux lèvres, et fit signe à Nicolas de s’approcher. « Ouvre la bouche, » ordonna-t-elle, encore timide mais curieuse. Il obéit, s’agenouillant devant elle, et elle se soulagea, un jet tiède coulant dans sa gorge. Il avala tout, maîtrisant sa respiration comme un réflexe, et elle le fixa, fascinée. « C’est… pratique, » murmura-t-elle, riant doucement. Alice hocha la tête, fière. « Tu vois ? Il est à nous. »

         Elles replièrent la nappe, laissant Nicolas ranger, et rentrèrent à la villa vers 15h. La chaleur devenait écrasante, et Alice proposa : « Une partie de tennis ? Il y a un terrain juste à côté. » Marie acquiesça, enthousiaste. Elles enfilèrent des tenues de sport – shorts blancs et débardeurs moulants – et attrapèrent des raquettes dans un placard. Le court, à deux minutes à pied, était entouré de pins, son sol en terre battue rougeoyant sous le soleil. Elles jouèrent avec énergie, leurs échanges rapides ponctués de rires et de petits cris. « Trop fort ! » lança Marie après un smash raté. « Concentre-toi ! » rétorqua Alice, essuyant la sueur de son front. La partie dura une heure, leurs corps luisants de transpiration, leurs chaussettes blanches trempées dans leurs baskets.

         De retour à la villa, elles plongèrent dans la piscine pour se rafraîchir, leurs éclaboussures scintillant dans l’eau bleue. Nicolas, lui, n’eut pas cette chance. Alice l’attacha à un poteau près de la piscine, en plein soleil, face contre terre. « Ouvre la bouche, » ordonna-t-elle, retirant ses chaussettes humides pour les lui fourrer dedans, leur odeur âcre de sueur envahissant ses sens. Puis elle posa ses baskets juste devant son nez, le forçant à inhaler le cuir moite. « Reste là, » lança-t-elle, tranchante, avant de rejoindre Marie dans l’eau. Les deux femmes nagèrent, s’enlaçant parfois, leurs rires résonnant tandis que Nicolas cuisait sous le soleil, la bouche pleine, le nez plongé dans l’odeur âpre de sa maîtresse, son corps trempé d’une sueur qui n’était plus la sienne.